Essai rétro : La Norton Commando MK2 de « Pierrot la limaille »

vendredi 4 mars 2011
par  Hippolyte Duhameau
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Je passe la plume à notre ami Pierre dit "la limaille" grand motard devant l’éternel et producteur de nectar vinicole.

- "D’aussi loin que remontent mes premiers émois de jeune motard je garde un souvenir ému de mon premier essai en tant que passager d’une NORTON 750 Commando avec une prépa moteur « combat ».

En 1974 nous avions embauchés un jeune couple de vendangeurs, Thierry et Martine, qui venaient bosser les jours avec leur bécane. Cuirs noirs Lewis Leather, casque bol Cromwell gris souris, COMMANDO noire à filets dorés, guidon multi-position Tomaselli, ce qui se faisait de mieux à l’époque. Lui plutôt beau gosse le cheveu coupé court avec un début de banane sur la tête, mi-chemin mod’s et rockabilly, elle blonde avec tout ce qui faut …. enfin vous me comprenez …........ tous les deux d’une politesse et d’une gentillesse incroyable, bref tout ce que j’aime.

Une après midi pluvieuse Thierry me voyant baver devant sa COMMANDO me propose de faire un tour et la je commence à comprendre ce que « COMBAT » veut dire, combat pour démarrer la bécane, combat pour faire un demi-tour dans la cour de mes parents, puis combat pour le passager en roulant, une pêche et un couple au démarrage extraordinaire, un bruit inouï à l’accélération et surtout au rétrogradage puis gaz à mi-régime et là, le trou noir et la sensation d’aspirer tout ce qui roule (à l’époque les 4 chevaux où les 203 facile …..) le bruit assourdissant des échappements roadsters à contre cônes qui martèlent le macadam et le bruit rauque des AMAL concentriques à cornets grillagés qui cherchent à t’aspirer les chaussettes et le visage hilare de Thierry les traits déformés par la vitesse qui cherche à me sourire dans le miroir de son rétro gauche, et mes efforts pour rester accroché à ce missile, je me dit de retour de notre virée, après un petit tour aux toilettes ….., un jour je roulerait en NORTON.

35 ans ont passé.. et ma NORTON COMMANDO 850 MK2 est dans ma cour, noire à filets dorés, habillage interstate, échappements roadster à contre cône … et c’est précisément à ce moment là les emmerdements ont commencé !!

A commencer par ma femme, si tu achètes une autre moto je te quitte … eh bien, au revoir … Vous allez me dire, entre temps j’ai du vendre ma NORTON pour payer mon divorce ... Ma femme est partie, mais celle que je regrette le plus, c’est ma Commando.

L’histoire a commencé comme cela.

Deux aller-retour sur EZE-BORD DE MER plus tard pour chercher la bécane achetée à un colosse Allemand restaurateur-hôtelier hyper sympa
« Tu beux l’acheter sans crainte elle a été endièrement resdaurée par un collègue », carte grise datée du premier janvier 1974, l’année de mon expérience sur la Norton de Thierry, visiblement je serais le cinquième proprio, en 35 ans rien à dire. Deux habillages fournis, un roadster avec réservoir d’essence de ….... 9 litres soit 80 kms d’autonomie ….. avec selle neuve et un habillage Interstate bidon de 22 litres selle nickel et échappements roadster à contre-cône comme j’aime, amortos Koni et un stock de segments « comme neufs » au cas où …. plus un carton rempli de fusibles ?

J’ai appris deux où trois « détails » sur la généalogie de la Norton, 2 litres de bière plus tard et en comptant les billets sur le zinc de l’hôtel du Teuton pour payer le pisse-feu. En fait la chignole avait brûlée deux fois
« à gausse des vabeurs d’essence dans le viltre à air, debuis on a tout enlebé et za marche bien » et qu’il « vaut régler le train arrière », j’ai pas tardé à comprendre ce qu’il voulait dire …...

Ma première sortie sérieuse, montée du Ventoux en moto anciennes, départ de Bédouin avec mon pote David, un apprenti-motard en 650 Kawa de 2008, arrivée remarquée de ma NORTON dans le nuage bleu caractéristique d’ une vieille Anglaise bien réglée.

Premier coup d’œil discret pour cerner la concurrence et là je suis rassuré. Il y avait surtout des bécanes Françaises des années 1940 – 1950 toutes magnifiquement restaurées où en état de conservation parfait, je remarque spécialement un splendide Peugeot P 135 S une 346 cm cube qui faisait rêver mon père à l’age où je rêvait de ma NORTON, des MOTOBEC, de la TERROT, de la GNOME et RHONE, que du beau ... plus une HARLEY type « militaire » du genre VLD 74 avec des sacoches en cuir et des franges qui traînent sur la route en roulant, là j’aime moins ….. surtout que le gars l’avait agrémentée d’une sacoche de réservoir en cuir avec la crosse d’un calibre qui dépasse, lui habillé avec beaucoup d’élégance, veste en cuir trainant au sol reliquat de la guerre de Sécession et en guise de casque une peau de castor à la Davy Crockett avec le reste de la queue du rongeur pendant sur le dos, et bottes …. en peau de crocodile, là je rigole doucement « lui je vais le pourrir grave » il va pas toucher terre le gus.

Ma joie fut de courte durée car j’entrevois, béquillée un peu en retrait, dissimulée à l’ombre d’un arbre, l’ennemi héréditaire, le fossoyeur de l’industrie Britannique, le péril jaune, la mangeuse de Rosbif, un 4 pattes Honda 750 Four, mon seul adversaire sérieux de la journée.

Tel le guerrier Apache je m’approche à pas de loup pour mater le fauve l’air dégagé et là je bondis, couleur rouge à filet dorée, selle speed, 4/1 Devil sans la « patate » guidon bracelets, double disque avant, la copie conforme de ma « 4 pots » modèle F1 sur laquelle j’avais roulé de 1978 à 1985 !!! ’A ce moment précis je prends conscience de la responsabilité qui m’incombe, le défi paraît insurmontable de prime abord, faire face à la déferlante Japonaise et redresser l’honneur de l’industrie motocycliste Européenne moribonde et faisant fi des risques à encourir tout en pensant à Thierry, le gentleman-rider qui au péril de sa vie n’aurait pas hésité une seconde, les larmes aux yeux, je relève le défi insensé de pourrir un 4 pattes sur la montée du Ventoux !!!!

J’entends dans mon dos « Il te plaît mon 4 pattes ? » le fourbe, le pleutre, même pas le courage de me parler en face à face, les yeux dans les yeux, je me retourne lentement à la « James COBURN » et je lui répond « elle n’est pas mal pour une Chinoise ! » tout est dit, le super va couler à flot, bref ça va chier.

Je démarre en sueur après m’être activé pendant un quart d’heure sur le kick, moteur noyé, vis platiné sans doute hs, tout le monde est parti …... je démarre bon dernier et au premier virage je croise en sens inverse la PEUGEOT sur une remorque, moteur cassé au premier virage, un de moins, au deuxième virage je crois deviner un écureuil écrasé au bord de la route mais non c’est la la peau de castor de Buffalo-Bill tombée par terre, puis la HARLEY, son pilote ramasse le fusil tombé de sa sacoche dans un chaos, je pense, un autre de moins ça commence à moins rigoler ! David qui me suit depuis le début de la montée rigole comme un tordu jusqu’au moment où le twin de ma Commando stoppe net. Je regarde ma rampe de carbu, mon AMAL droit pend lamentablement retenu par le seul écrou gauche, bien sur visserie Anglaise, pas de vis impérial, personne a de la rechange .Par chance un fil de fer traîne au sol, avec un bout de bois en travers du cadre pour bloquer le carbu nous voici repartis à la poursuite de la Honda.

Après une montée rageuse nous la rattrapons au « Chalet Reynard » son pilote buvant nonchalamment une bière, celui-ci à notre vue enjambe sa bécane et repart aussitôt, entre temps la HARLEY passe dans un vacarme indescriptible l’ échappement arraché ! Nous apprendrons plus tard qu’il a tiré tout droit dans un virage en tentant de nous rattraper et a fait une chute en prenant le bas côté, la queue du castor dépasse d’une sacoche et est en train de s’enrouler dans les rayons de sa roue. Nous partons comme des balles à la poursuite du 4 pattes et surprise sur toutes les sorties de virages je le dépose ! jusqu’au prochain virage où il me « mange » au freinage, tout se passe bien jusqu’au moment où ma proie ne peut plus m’échapper, moteur chaud et je mes les watts … et bloque ma roue arrière en croyant passer la 4 à environ 5.000 trs/mns, sur ce modèle de NORTON comme toutes les Anglaises de cette époque, le sélecteur est à DROITE et PREMIERE EN HAUT en fait j’ai enclenché la 2 ! Mon K81 déchire le bitume, je débraye instinctivement et redresse la situation miraculeusement ! Le bon Dieu doit rouler en Norton !

Quelle chaleur ! Et puis soudain mon cœur s’arrête. Le 4 pattes honni est au bord de la route .. en panne d’essence ! Grands seigneurs nous nous sommes arrêtès pour le dépanner .. La "Battle of the bikes" s’est terminée là !!

David en stoppant nous dit « Dites les gars, la nuit tombe, j’y voit plus rien ? ». A seize heures au mois de juillet cela paraît bizarre, nous nous regardons avec le gars en 4 pattes et éclatons de rire, en fait David est recouvert de l’huile de mes échappements. En me suivant la visière de son casque s’est maculée et il est dans le brouillard complet ! J’avais connu pareille mésaventure en suivant la Commando de Thierry des années plus tôt, dans son aspi sur une mémorable montée Orange-Valence, par gros mistral de 80-90 km /h en pleine face. J’étais sur mes premières montures sérieuses : un CB 125 HONDA MK5 avec ma copine de l’époque en passagère !!

Le retour au bercail se déroule normalement en rentrant par les magnifiques « Gorges de la Nesque » avec toutefois un arrêt tous les 5 kms pour caler le bâton tenant mon carbu droit et attacher l’échappement gauche avec le fil de fer trouvé sur la montée de Ventoux, le pot ayant lui aussi perdu les écrous de fixation.
On a mis en gros 2 heures pour faire …... 30kms, avec une superbe rencontre à mi-chemin : une BSA GOLD-STAR DBD 34 sublime qui nous a accompagné jusqu’au village de Mazan.

Suite à cette sortie légèrement mouvementée .. et après mûres réflexions, j’ai monté un allumage électronique BOYER-BRANDSEN en lieu et place des vis platinés, un carbu MIKUNI de 39 avec une pipe spéciale, un simple disque flottant de diamètre 300 mm avec une pince de frein GRIMECA à double piston et des commandes reculées avec la première EN BAS ! Histoire de faire joli un petit feu rouge LUCAS et des clignos Mecatwin. Je me suis retrouvé avec une excellente machine qui démarrait au second coup de kick, freinant à peu-près et avec une consommation raisonnable. Une moto qui gardait une âme hors du commun. J’ai adapté la machine à l’époque et même si je lui ai un peu squizzé son âme, j’avoue avoir rassuré la mienne !!

Maintenant je rêve d’un bitza NORTRUMPH avec moteur 850 NORTON dernier modèle fiabilisé dans un cadre de BONNIE actuelle avec habillage noir et or, étrier-disque-pince BERINGER, jantes OZ, carbu KEININ CR, suspentes OHLINS. Il va falloir que j’en parle à notre ami Armand qui fait désormais dans la réfections de merveilles, à savoir s’il ne va pas relever le challenge !!

Moralité de l’histoire : Si ta vie est monotone roule en NORTON."

Pierrot « La Limaille ».



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