A moto de Gibraltar au Cap Nord et retour : 12000 km en 3 semaines !! Part 1 : L’Aller !!

mercredi 8 décembre 2010
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Josué et Michael respectivement au guidon d’une Guzzi California Vintage et d’une Cagiva 650 ont réalisé leur rêve : relier les deux caps extrêmes de l’Europe. Ils nous racontent.

Du Cap Gibraltar au Cap Nord
Par Josué et Michael Esteve

Cela faisait déjà des mois que dans nos têtes tournait ce désir : voir le soleil de minuit
dans la partie la plus au nord de l’Europe. Un jour nous nous sommes décidés : nous allions relier les deux extrémités du continent Européen, par la route, de façon à nous trouver au Cap Nord lors du solstice d’été. Il ne nous restait plus qu’à composer l’équipe. En fait cela fut assez facile, seul mon fils accepta de m’accompagner ce fut donc à deux motos uniquement que nous entamâmes ce périple.
Nous sommes partis de Dénia près d’Alicante (Espagne) là où je demeure. Un jour nous suffit pour descendre à Gibraltar et faire quelques photos.

Fin mai 2010, en fin de semaine, le roc fût atteint par beau temps. Le voyage pouvait commercer.

La frontière Espagne-Gibraltar est bien réelle. Le rocher impressionne par sa masse, entouré de mer et pour l’atteindre juste une étroite bande de terre. Pour monter sur le roc nous avons suivi une étroite route sinueuse qui nous a découvert de très belles vues sur le port et sur Algeciras (et l’Espagne) en face. La monnaie locale est la Livre Sterling mais c’est le seul territoire britannique où l’on circule à droite. Gibraltar, véritable anomalie politique déclare plus de sociétés anonymes que d’habitants. Un paradis fiscal légalisé qui doit arranger bien de personnes. A Gibraltar il n’y a pas que les singes qui jouent avec la monnaie !!

Maintenant notre objectif fut de monter vers le nord en suivant au maximum les routes nationales et les "autovias" pour éviter de payer les autoroutes, car en Espagne, les 2 roues paient le même tarif que les 4 roues. Un véritable petit "vol" légalisé.

Toute la côte espagnole est densément peuplée. Une frange d’une quinzaine de Km de large longe la mer avec des constructions sauvages, les unes assez esthétiques (assez peu) les autre sentent le "bon marché". Le boom de la spéculation immobilière a totalement détruit le charme de ce que pouvait être un village de pécheurs typique « costa del sol-costa del golf » voilà des arguments sensés attirer les futurs propriétaires.

L’exemple type c’est Benidorm. Cette "ville" est la copie conforme de New-York avec ses gratte-ciel.
Prenons la route, on va passer par la Costa del Sol de Gibraltar à Alméria, puis la Costa blanca , la Costa del Azahar, la Costa daurada pour terminer par la costa brava, et j’en ai oublié ...

En Espagne il existe différentes routes qui sont le top pour rouler en moto : la n° 1 Malaga-Ronda. Plus au nord après le Cabo de Gata par la côte, de Carboneras - Mojacar- Aguilas - Mazaron pour finitr à Cartagena. Après cette ville un petit détour pour se baigner dans El Mar Menor où l’eau est plus chaude et plus salée que la Méditerranée qui l’alimente.

Nous avons prévu de nous arrêter à Calpe pour manger du poisson sur le port. A Valence pour visiter ses monuments, son aquarium et son circuit de FI. Ensuite, plus au nord nous allions traverser la Catalogne, région très touristique et plus chère.

Grand départ de Dénia le 12 juin 2010 à 07 h pour rejoindre Genêve et le 2° partenaire de cette balade en l’occurrence mon fils.

La maintenance a été faite sur la Moto Guzzi California Vintage qui n’avait que 9550km au compteur. Seul changement le montage de pneu bi-gomme, différents et plus performants que la monte d’origine.

L’idée première c’est d’arriver le plus vite possible au Cap Nord et d’effectuer le retour par le chemin des écoliers : la climatologie affinera la route au nord.

Nous avions prévu de traverser L’ Espagne – la France – la Suisse – l’ Allemagne – le Danemark – la Suède – la Norvège – la Finlande puis retour par l’Estonie – la Lettonie – la Lituanie - l’ Allemagne – la Suisse – l’ Italie – la France et enfin retour en Espagne. Tout cela sur 3 semaines, 12000 km à faire et un budget de 3000 € pour le tout.

Principe de base : éviter de payer pour rien !!
Exemple : prix des autoroutes Dénia à la frontière française 46€ pour 600km, carburant : 43€. C’est hallucinant ce que l’on paie pour de la vitesse. Est-on pressé à ce point là ?

Quelques réflexions avant le départ – il vaut mieux faire un bon repas qu’engrosser des multinationales ..

Une journée m’a suffit pour rejoindre Genève.
Mon gamin m’attend fin prêt sa Cagiva 650 piaffe d’impatience.

Le dimanche13 juin, départ vers midi pour le nord. Achat de vignette obligatoire pour passer par les autoroutes suisses. Ma première averse près de Berne, pluie fine et de peu d’importance. A la frontière helvétique - allemande mon câble de compteur casse moralité plus d’indication de vitesse ni de km parcourus. Je décide, puisque c’est dimanche d’attendre Lundi pour trouver un concessionnaire à Stockholm et de continuer ma route seulement le témoin de passage en réserve. La pluie fine nous suit sur une cinquantaine de km. En suivant la montée par le côté du Rhin de nombreux tronçons de travaux ralentissent sérieusement la vitesse. Trajet ennuyeux au possible, en ligne droite la plupart du temps, puis après Francfort quelques courbes. Nous passons la nuit dans un hôtel bordant l’autoroute à quelques km de Kassel. Prix 82€ pour une chambre à 2 lits, petit déj. inclus. On reste dans le raisonnable.

Lundi 14 juin déjeuner à 8h avec le soleil puis direction le nord. A environ 60km de Hanovre je tombe en panne sèche, je maudis mon ange gardien ! Bon, petite aventure imprévue sur autoroute allemande .... traction avec une corde sur la piste d’arrêt
d’urgence .. pas prudent mais efficace. Manque de pot nous voilà bloqués par des travaux sur un pont. Mon fils continue seul pour chercher de l’essence et moi j’attends son retour ... une bonne petite heure de perdue. Nous voilà enfin repartis dans bon sens pour rejoindre à Puttgarden le ferry pour le Danemark.

Vers 17h, nous embarquons sur le ferry et ce n’est pas donné : 82€ pour les 2 motos pour seulement 45min de trajet. Nous faisons à bord la connaissance d’un motard suédois qui nous guidera jusqu’à Copenhague et nous guidera jusqu’à 1 ’hôtel Cab Inn notre point de chute pour la nuit. L’hôtel est situé à côté du Tivoli
en plein centre ville. Nous sortons pour le repas du soir et pour visiter un peu la ville. Beaucoup de " fast foods" et quelques clochards .. je reste dubitatif !!
Mardi 15 juin on quitte Copenhague direction Helsingor. Au passage visite du château de la maison royale danoise à l’entrée du détroit qui mène à la mer Baltique. Marrant le poste de péage où chaque bateau devait payer son droit de passage.

Traversée en ferry pour la suède, tarif 44€ pour les deux, hors de prix encore car il n’y a que 20min de trajet.

Arrivée en Suède nous suivons un motard qui nous a raccourci le trajet de 20km dans la ville portuaire. En direction de Jonkoping nous essuyons 2 violents orages, grêle incluse, sur 150km. Conditions très pénibles sur une autoroute ennuyeuse à souhait où la vitesse limitée à 110 km/h.
Linkoping - Norrkuping - Nykoping et finalement Stockholm vers 21 h. Difficile de trouver un hôtel car toute la ville prépare le mariage princier et les prix explosent 180€ minimum pour la nuit. Le gardien de l’hôtel nous indique où se trouve le concessionnaire Guzzi maigre consolation. Nous allons prendre le repas en ville dans un petit resto sympa.
Mercredi 16 juin, départ direction le garage Guzzi. Sur place il se révèlera pas très efficace et comme il ne dispose pas de pièces
pour la California Vintage on continuera sans indication de vitesse ni de km parcouru. Devant l’affluence et quelque peu énervés par la circulation très dense et les problèmes de parking nous décidons de quitter la ville et son mariage princier.
Direction Uppsala. La Suède possède le plus dense réseau de
"Burger" restaurants que nous avons pu rencontrer dans tous les pays traversés. C’est bien dur de bien manger ! Comme nous
avions quitté la capitale vers midi, peu de route a été faite ce jour. Arrêt à Sundsvall pour la nuit dans un Hytter ( cabine dans un camping) à prix modéré soit 60€/nuit.
Le temps a viré au sec et le soleil est réapparu.
Jeudi 17 juin, réveil tôt car nous devons faire un long trajet. Passage par Umea - Pitea où l’on nous a indiqué un petit resto social où l’on a pu manger autre chose que des hamburgers.
Ici nous avons droit à entrée+poisson+dessert+café pour deux au prix de 15€. Bonne adresse et prix super compétitifs. C’est le drame du voyageur ; on ne connais pas toutes les bonnes adresses. Reprise de la route toujours vers le nord et nous décidons de quitter la Baltique pour rejoindre l’Atlantique vers la ville de Narvik en Norvège .

Après Lulea on passe de la E4 - à la E10. Dans la ville de Overkalix un garagiste nous donne une bonne adresse
d’hôtel. Très bonne suggestion : chambre+petit déj.+sauna+jacuzzi pour 2 pour 90€. Même la cuisine est à la hauteur. Nous avons profités des bienfaits de l’hôtel et passé une bonne nuit.
Nous approchons du Cercle Polaire Arctique aussi la nuit n’est pas totale - donc rideaux obligatoires aux fenêtres pour espérer un peu d’obscurité.
Vendredi 18 juin, départ pour passer la ligne du cercle polaire arctique sur la route E 10 et continuer par la route 392, vivement recommandée à tout motard en direction de Pajala.
Faisons le plein des motos, et le plein de solide des pilotes. Du
renne, ce n’est pas mauvais du tout ! On croise un couple de motard qui arrive de la Norvège- Narvik- qui nous signale que les conditions météo étaient si mauvaises en direction du nord qu’ils avaient renoncé de suivre la route du bord de l’atlantique et
faisaient demi-tour. Par conséquent nous modifions notre idée initiale de joindre l’océan par Narvik - Tromso et d’aller plus au nord par la Finlande et filer vers Alta. Cela nous raccourcit la route d’environ 300km, et, nous espérons une fenêtre météo plus favorable sur cette route. Depuis Pajala on rejoint la Finlande à Kolari et ensuite nous montons jusqu’à Palojoensuu en suivant la E8-21, puis on bifurque sur Enontekio, puis sur la route 93 jusqu’à Alta.
Les paysages se font de plus en plus sauvages et nous ne rencontrons que de très rares voitures, quelques collines sont encore enneigées et la route est superbe !
Les arbres sont de plus en plus petits et rabougris au milieu de la toundra. On entre dans le pays « Sami ». La consigne est de faire attention aux troupeaux de rennes qui batifolent !
Nous arrivons à Alta il fait encore grand jour mais qu’elle heure est-il ? On est un peu déboussolé par cette différence de lumière et surtout par le manque de nuit.
Nous nous mettons à la recherche d’un logement pour simplement nous reposer, la nuit n’existant quasiment plus.
Sur un parking quasiment à l’arrêt, Michael glisse et casse le levier de frein ! Recherche d’un concessionnaire moto susceptible d’avoir des pièces Suzuki adaptables ... Par chance il en existe un mais nous trouvons porte fermée, nous avons passé l ’heure. Au bout d’un moment on a trouvé l’employé mais il nous annonce qu’il n’a pas de pièce en stock. Que faire, on ne peut pas continuer sans ce maudit levier .. Chance une Suz attendait son tour à l’atelier, on a négocié et à la fin le gars nous a « vendu » le levier à prix fort (l00€). On n’a pas discuté.

Direction le désormais traditionnel Hytter à la sortie de la ville le prix est raisonnable 45€ la nuit, on a posé les valises et nous sommes mis à la recherche d’un resto .. fin des émotions pour la journée.

L’océan est calme et la lumière différente.
Samedi 19 juin, on fait le plein sous la pluie. Il nous reste environ 250km pour voir le Cap Nord.
La flotte ne nous quittera pas de toute la journée heureusement il n’y a plus ce vent violent mais la température a fortement baissé. Peu de temps avant d’arriver sur l’île du Cap Nord, la route est agréable en moto (multiples virages). Nous avons passé par le
tunnel d’environ 7km de long qui passe a 230 mètres sous le niveau de la mer avec une pente descente/montée de 10%. Petit racket d’état on devra acquitter un double péage de 70 couronnes pour l’aller et le retour ... On croise des bateaux méthaniers amarrés près des côtes, la mer es calme comme un miroir reflétant une lumière, comment dire, les adjectifs me manquent, il faut l’avoir vu, c’est indescriptible.
Arrivée au chef-lieu principal de l’île, car le Cap Nord c’est une vraie île, à HONNINGSVAG c’est le grand remue ménage des autocars descendant au port car un méga-bateau de tourisme vient d’arriver, le MSC PERLA apporte à la fois plus de 2000 visiteurs. L’office de tourisme nous remet un plan des lieux et nous signale que demain c’est dimanche et que tout sera fermé ! Hé oui, rien en fonctionne le dimanche en Norvège, charge à chacun d’y
pourvoir. Nous avons trouvé un autre Hytter en dehors de ville pour la somme de 60€/nuit. Nous y poserons les bagages, nous ne savons plus si nous sommes le jour ou la nuit, c’est ahurissant, notre métabolisme est complètement chamboulé.
Nous profitons de la fenêtre météo favorable et nous nous rendons directement sur le rocher, le point le plus septentrional d’Europe. En fait on n’a pas vu grand chose car nous étions au milieu d’un brouillard à couper au couteau à circuler avec les cars venant du bateau. Au site nouveau point payant : 215
couronnes/pers jack pot pour l’état !!
Je me perds quasiment dans le brouillard et Michael doit me rattraper !
Dans la purée de pois et dans la foule on se dirige vers les bâtiments- photo à l’entrée au point 710 10’ 21 ’. Nous voilà à poser devant la colonne du roi Oscar II sur l’union de la Norvège et la Suède en 1873 qui marque l’ultime frontière. C’est un complexe touristique bien construit qui comprend 2 grands bâtiments et un tunnel qui mène à la grotte avec baie vitrée donnant sur la mer au nord, dans ce tunnel on trouve aussi une chapelle en mémoire des marins perdu en mer et une chose complètement anachronique : un musée thaïlandais en commémoration du roi Chulalongkom du Siam pour sa visite
au cap nord en 1907.
Dans une salle de cinéma on passe un film en 125° sur les 4 saisons au cap.
L’un des bâtiments est un resto panoramique et l’autre le magasin de souvenirs. Sur l’esplanade devants ceux -ci la géode. Au moment ou nous étions là il y avait une telle foule de gens sans le moindre respect pour les lieux et la magie de l’endroit que cela ne nous a pas incité à rester. Une petite agape et quelques souvenirs et nous avons quitté le brouhaha pour retourner à l’ Hytter se reposer un peu avant de revenir en ville pour un vrai repas et surtout prévoir un plein de benzine pour le dimanche.
On a bien mangé et bu en commémoration une petite bouteille de vin d’Espagne-Rioja. Environ 200 couronnes pour deux verres vraiment cher l’alcool dans ce pays.
Nous étions quelque peu épuisés et nous nous sommes mis au dodo, en plein jour, au pays du soleil de minuit. Nous avions vu le Cap Nord, le rêve s’était réalisé.