Moto neige au Québec

samedi 23 janvier 2010
par  Hervé
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Total dépaysement, une semaine chez nos cousins du Québec.

Je reviendrai à Montréal

A peine nous étions arrivés à Montréal que nous voici de suite dans un taxi en route pour Mont Laurier, la capitale mondiale de la moto-neige, quelques 300 km plus au nord. C’est l’occasion de découvrir, tout au long de l’autoroute, les pistes éclairées des stations de ski prises d’assaut de 18 à 23 heures, malgré la température quasi polaire. La nuit est tombée depuis bien longtemps, la fatigue du voyage se fait ressentir, sur le rétroviseur du taxi s’affiche la température extérieure : -27 … Et d’après le chauffeur cela va baisser !!
Sur les 100 derniers kilomètres la route se rétrécit pour ne devenir qu’une simple nationale bordée de murs de neige, pour le coup la conduite de notre chauffeur devient de plus en plus sportive … la crainte des radars s’étant estompée …et les croisements avec les énormes trucks descendant direct de la Baie James s’avèrent de plus en plus hasardeux. Un certain stress envahit dans l’habitacle, le seul qui est vraiment cool c’est notre Loeb’ addicted qui chantonne en mettant le truck à l’équerre !!
Au bout de deux heures et demi de voyage le panneau Mont Laurier est un véritable soulagement !! Nous sommes toujours vivants !!

Mont Laurier : 12000 âmes, 5000 motos neige, 2000 quads, quelques chiens, une profusion de touristes de décembre à mars … et dernière chance pour vous de tirer de l’argent au distributeur. Vous allez y découvrir les énormes 4X4 américains, les gars qui descendent la bière comme la rivière les troncs de bouleaux, la rudesse de ce pré-grand Nord cher à Jack London , les croquettes de poulet, la sauce aux épices, le café imbuvable, et les filles aux allures de Maria Chapdelaine.

Après une nuit de sommeil .. enfin une nuit, décalage horaire oblige (-6h par rapport à la France ) largement écourté par votre horloge interne … il va falloir vous habituer, faites attention au début cela fatigue et à la fin c’est déjà le moment du retour !! .. c’est le premier contact avec l’engin qui vous a attiré ici !!
On va récupérer nos « motos-neige » ( laissons le terme de Ski-doo aux anglophones et à la publicité sur les combinaisons, on est en territoire francophone ici !! ) un équipement « grand froid », un casque de voleurs de poules ( si on vous propose un intégral avec visière chauffant, même si il y a un léger surcout, n’hésitez pas !! ) et une paire de moufles ( si vous avez une bonne paire de gants de ski, ne les oubliez pas , c’est aussi efficace pour les conducteurs !! ) .
Achat obligatoire si la température décline sous les – 20 la cagoule wind stopper vendue sur place ( 10 euros ce n’est pas la mer à boire et en plus cela vous fera un souvenir)

Tout comme à moto, pour lutter contre le froid, il faut souvent privilégier le seyant au confort .. Sous cette combinaison aux allures de bleu de chauffe, qui a l’énorme avantage d’avoir été au départ conçue pour le travail, la recette est simple : accumulation des polaires. Le sandwich québécois c’est : Un bon Damart, une polaire fine, une polaire moyenne, la salopette de combinaison, une polaire sans manche et le haut de la combinaison. Testé par moins 40 cela s’est révélé efficace et confortable, et encore - 40 en statique, je vous laisse imaginer à plus de 80 km/h dans les forêts. Aux pieds on évite l’improvisation, c’est de la bonne grosse botte canadienne fournie par l’organisation avec la paire de chaussette type ski – attention, ne vous faites pas avoir prenez une pointure au dessus de la votre !! Sous les gants ou les moufles les sous-gants laine et soie s’avèrent quand même indispensables.

Pour les bagages, emmenez un bon sac bien étanche , ne le chargez pas trop, de toute façon le reste de vos bagages restera bien en sécurité à la consigne du loueur.

En 20 minutes vous voilà transformé en trappeur .. Il est vrai qu’à l’origine la moto-neige est destiné au boulot, elle permettait aux forestiers de rejoindre à travers bois leurs chantiers de coupe alors ne pestez pas contre l’aspect un peu rébarbatif de l’équipement . Passons au check-up de l’outil. Avec le délégué du loueur notez soigneusement tous les détails qui vous choquent ( rayures sur le capot, pare choc éraflé, feu légèrement fendu, cabochon disparu ..) n’oubliez rien car au retour cela sera la ponction sur votre caution de 1500 $ canadiens ( obligatoirement en dépôt CB ).

Nous avions choisi l’option guide, c’est de loin la meilleure aux dires de tout le monde, non seulement vous aurez avec vous une personne qui connaît merveilleusement le terrain mais aussi un technicien en mécanique moto-neige, de plus toutes les étapes seront planifiées et réservées, ce qui en pleine saison vous évitera de faire du km supplémentaire. Le guide, avant de vous entraîner à sa suite va vous faire un petit briefing sur le fonctionnement de l’engin et donner une paire de leçons aux moins doués. Pensez avant le départ de lui spécifier le style de randonnée que vous souhaitez ( balade cool ou tourisme découverte à bonne allure) si vous vous trompez vous aurez rapidement une petite idée de ce qu’a pu être le raid Harricana dans les années 90 .. à votre échelle et ce dès les premiers kilomètres. Vous me direz y’a plus rebutant comme apprentissage !! Revenons en à l’engin. Comme je vous l’ai déjà dit c’est conçu à l’origine pour le boulot. Un guidon de moto, deux skis à l’avant qui servent ( en principe) à diriger l’outil et un moteur de 500 à 900 cc deux temps ( bonjour la pollution, mais comme le disent les québécois : « Nous on pollue quatre mois dans l’année et la plus grande usine de retraitement du monde qui va être construite chez nous le fera durant des siècles !! ») qui passe la puissance par l’intermédiaire de courroies à une chenille de 30 cm de large. Pas de vitesse c’est un embrayage centrifuge .. Tu accélères et cela déménage.
Les poignées auxquelles tu vas essayer désespérément de t’accrocher sont chauffantes et la manette commandée au pouce droit est également équipée de cet ingénieux système. Nous disposions pour ce raid de 600 cc tourisme. Ils délivrent déjà de sacrés sensations et permettent sur pistes ouvertes à la circulation .. car ne vous en faites pas vous ne serez pas seuls .. à prendre un bon 120, 130 en pointe sur les lacs gelés !!
Je n’ose pas imaginer ce que cela peut donner qu’un non averti sur un 900 trois pattes de 140 CV !! Pour la conduite rien ne vaut l’expérience .. Ce machin cela a des airs de quads, c’est un compromis entre la bagnole et la moto, mais le revêtement en neige tassée, surface moins sécurisante qu’il n’y paraît, empêche d’avoir tout de suite un cap quasi parfait .
Comme à scooter des mers par force 5 … on essaye de rester en ligne, le problème c’est que là ; il faut suivre la piste ! Il paraît qu’il y a des suspensions, le passager éventuel .. que je vous déconseille car il y a de grandes chances pour que cela se termine par un divorce .. pourra peut être vous en parler s’il a supporté la première journée.
Programme de la rando .. découverte des Laurentides .. Première impression c’est plutôt la poussière de neige soulevée par celui qui vous précède ( une astuce privilégiez la tête de la colonne car vous y verrez bien mieux .. surtout que le guide, vu l’allure à laquelle il roule, vous n’aurez que peu de chance pour rouler dans sa poussière ) Si vous vous laissez distancer, pour savoir où est celui qui vous précède, ouvrez les narines . et vous sentirez cette bonne odeur d’huile deux temps qui ne vous quittera pas pendant tout le voyage .. Il paraît que d’ici une paire d’années cela sera terminé alors grouillez vous d’aller en profiter !!

Sur la piste des loups

Première journée au gré des vallées et au fil des bois. Ne cherchez pas sur la carte vous êtes dans un territoire grand comme cinq fois la France et vous allez passer de petit coin en petit coin. Suivez les sentiers parfaitement balisés et les routes venues de nulle part et vous découvrirez le chalet posé là, au bord d’un lac privé, pour servir d’abris de pêche, et les silos où se réunissent les chevreuils et les cerfs. De temps en temps vous allez retrouver des bribes de civilisation mais la plupart du temps vous aurez cette étrange impression d’être seuls au monde. Plus les kilomètres vont s’accumuler et plus vous allez prendre confiance en cette sacré machine .. attention danger .. c’est là que tout à coup, devant la beauté d’un lac gelé ou d’un arbre givré, véritable sculpture naturelle, vous allez par inadvertance poser un patin dans la poudreuse. Instantanément vous allez revenir à la réalité et si vous n’avez pas le réflexe gaz en grand c’est le tirage droit assuré et la grosse chaleur même par moins 30. A propos de température, quelle que soit l’allure que vous soutenez si vous êtes bien équipé, vous n’aurez jamais froid .. ce ne sera pas toujours le cas de votre éventuel passager

Note sur le passager éventuel !!
C’est la confirmation de mon impression première : ce truc c’est du solo .. ou du solo. Si vous prenez le risque d’amener votre douce cela se passera moyennement sur les grands axes mais dès que vous sortirez des sentiers battus les reins et la température corporelle de ce qui va de plus en plus prendre des allures de sac de patates ne vont pas tarder à jouer relâche et alors là, au milieu de nulle part, bonjour l’angoisse.

Belvédères, chemins tortueux, grandes traversées forestières, sentiers à peine marqués .. voilà votre menu du premier jour, avec, cerise sur le gâteau, la première spéciale à fond de ballon sur un lac gelé et sur une autoroute québécoise, large chemin forestier avec d’énormes bosses aveugles qui se prennent à toc façon Rallye de Milles Lacs. A midi un repas qui n’est pas de la grande cuisine mais qui a le mérite de vous sustenter efficacement … La soupe chaude est la bienvenue. Vous allez arriver au soleil couchant, voire la nuit déjà tombée si le guide a décidé de vous faire connaître d’autres émotions, dans une des fameuses pourvoiries du Québec ( pourvoirie du vieux verbe français pourvoir .. à tout ce qui est possible dans cette contrée perdue : essence, gîtes et couvert et activités diverses et variées ) Je vous recommande celle du Mekoos, quelque part au bord du lac Iroquois vous découvrirez l’endroit sur le site Internet www.mekoos.com c’est absolument génial et on s’y est trouvé tellement bien que tout s’est terminé aux alentours de 23 h locales, dans une tenue très légère …. aux grands dams de la patronne … dans un spa extérieur à 40 °C puis dans un tas de poudreuse .. le tout par … moins 42 C° !! . La bière locale, on nous l’a confirmé par la suite, ne faisait elle pas plus de 12 ° !!

Bacchanale chez la mère Tatzi ( merci San Antonio !! )

Difficile de pouvoir dire vers où l’on se dirige, tout est uniformément blanc et seul le petit drapeau rouge qui flotte au dessus de la moto-neige du guide est là pour nous indiquer le bon chemin. Nous avions pris un petit déjeuner façon chasseur d’ours : Haricots au lard, soupe aux pois, bacon grillé, œufs brouillés, fruits frais . y’avait même du melon d’eau dont on se demande toujours comment il avait réussi à arriver là. Le tout arrosé d’un bon demi litre de café … En fait le bon truc pour se mettre en condition. On avait démarré les engins .. choke à fond, démarreur électrique et même par moins 40 cela pête quasiment du premier coup. Le groupe s’était mis en route au soleil levant vers 8 heures 30 .. Pour retrouver les sensations cela s’est d’abord passé à plus de 90 dans d’immenses enfilades où je me demandais à chaque moment .. et à chaque sortie de virage plus ou moins hasardeuse … à quel moment j’allais bien prendre dans la tronche mon alter ego aussi peu réveillé qui arriverait en sens inverse d’une autre pourvoirie … Eh bien vous croyez que cela nous aurait freiné .. Barjots, je vous dis on devient barjots dans le blanc . un peu comme chez nous sur nos routes de campagne !! Inconsciemment je me faisais un petit coup d’auto persuasion .. Je me souvenais que 80 % des accidents à moto neige étaient dus à l’imprudence des usagers sur les lacs gelés et se terminaient une fois sur trois par … la noyade du pilote !! Le reste c’était l’arbre qui traversait, le chevreuil qui batifolait ..
Coup de pot, les collisions de face , étaient rarissimes !!

Un lac, tiens en voilà un … Consignes au passage : c’est tout droit, si vous coupez dans la neige vierge, vous irez moins vite, ne prenez pas trop à droite car il risque d’y avoir de l’eau vive et rien ne différencie une couche de 40cm de glace recouverte de neige que la même couche mais de 2cm !! A part cela rendez vous à l’autre bout dans une douzaine de bornes … Eh bien cela a pris des allures d’arrivée de Paris Dakar au bord du lac Rose .. à plus de 130 à l’heure (et encore les machines sont bridées pour ne pas que les clients prennent le moteur dans les dents à force de rester pleine charge !! ), quatre de front, dans une immense gerbe de poudreuse, c’est le pied géant .. Fi la glace qui rompt, la bosse cachée, le madrier pris dans la glace .. Fi de tout … à fond je vous dis !! A cette allure nous avons bouclé l’étape en un temps record et sommes arrivés à la seconde pourvoirie, plus rustique mais encore plus authentique que la veille , en milieu d’après midi. Deux d’entre nous ne sentaient plus leurs bras ni leurs reins et n’aspiraient plus qu’à une chose : jouir du plaisir d’être allongés .. Nous , nous n’avions encore pas eu assez de décharge d’adrénaline pour la journée .. C’est alors que le guide a eu une idée !!

La nuit est à nous !!

C’est parti comme une balade et cela a rapidement pris des allures de bourre à le Joe bar Team ( M’en vais vous faire voir mon Québec qu’ elle avait dit la dame … Je ne vous avait pas encore dit que le guide était du sexe dit faible .. enfin c’est le genre de truc qu’après cette expérience je me garderai bien de redire !! ) Ne me demandez pas par où nous sommes passés, je me souviens essentiellement de cette forêt traversée à l’allure GP et des deux bouleaux entre lesquels je me suis arrêté quand j’ai tiré droit, à l’agonie que j’étais derrière l’autre demeurée !! Nous sommes arrivés dans un endroit magique à la tombée de la nuit. Les Chutes du Serpent que cela s’appelle .. Un immense bouillonnement sorti d’un mur de glace .. une vapeur quasi surnaturelle qui donnait au paysage une allure encore plus fantastique. La tombée de la nuit, mais c’était donc vrai .. Il allait falloir se taper tout le chemin en sens inverse .. près de 100 bornes .. On allait passer du blanc au noir. Le givre qui a recouvert de suite ma visière à l’intérieur et dont je n’ai jamais pu me débarrasser m’a un peu gâché le plaisir mais le paysage que découvraient les phares ultra puissants de l’engin n’avait plus aucun rapport avec ce que nous avions vu à l’aller. A chaque seconde nous nous attendions à voir surgir tel ou tel animal sauvage .. et chacun d’entre nous espérait qu’il soit aussi dangereux que faire se peut .. on avait réduit l’allure et les émotions étaient purement visuelles … Quand nous somme arrivés aux lacs que nous avions traversés à l’aller à fond de ballon cela ne fut plus du tout le même cinéma !! Sous les étoiles, dans l’obscurité la plus complète, par moins 35 .. mais visière ouverte et quasi à toc pour ne pas perdre la trace .. là pour le coup que l’adrénaline est revenue en dose massive. Au loin je voyais le phare de la moto de tête qui traçait à plein badin … C’est là que j’ai un peu disjoncté .. Tout au cap, l’œil rivé sur ce petit point de lumière comme si ma peau en dépendait gaz en grand et faisant fi des consignes .. c’est vrai qu’il risquait d’y avoir : une cabane de pêcheurs, un poteau de décharge de pression, un piquet de signalement de piste, un trou, une bosse, une bestiole .. m’en foutais, seul comptais pour moi ce petit halo de lumière que je distinguais tout juste les yeux à moitié fermés .. L’autre moto neige je ne savais même pas où elle était … Deux fois cette expérience se renouvela et deux fois ce fut un intense mélange de plaisir et de peur. Les 40 derniers Km dans la forêt furent avalés sans encombre et c’est épuisés mais au summum du plaisir que nous avons regagné le bercail .. Il était pas loin de 23 h locale et nous avions fait plus de 350 km dans la journée .. et il y en a qui vous assurent en faire le double .. alors là chapeau !! A l’arrivée la guide , avec son inimitable accent nous a assuré : « C’tait une vraie b’lade d’gars ce truc, hein !! », une façon comme une autre de dire comme chez nous que c’était pas un truc de gonzesses .. Les lieux changent mais les traditions se respectent !! Repas plus tranquille que la veille mais tout aussi pantagruélique .. deux bières et au pieu .. Je ne sais pas à quel moment je me suis endormi mais je crois que c’est dans les 5 secondes après m’être allongé !!

Désert Blanc épisode 2

Avant dernière journée de raid, on ne voit toujours pas le temps passer mais aussi curieux que cela paraisse, ici, le temps est compté à sa juste mesure. Les regrets de la voir passer trop vite sont restés en Europe, au Québec on le vit pleinement et intensément. Il fallait après cette journée mémorable s’octroyer un moment de pause, nous l’avons effectué au début de la matinée en en profitant au passage pour respecter le travail de nos hôtes. Éleveurs de chiens de traîneaux ils étaient, élevage de chiens de traîneaux on a visité .. Eh bien nous ne fûmes pas déçus. Ceux qui ont, dans leur appartement citadin, un Husky qui se prélasse, feraient bien de venir ici pour voir comment cela vit vraiment ce genre de bestiau. Hérésie de la mode, les « branchés » en ont fait un chien-chien de compagnie alors que c’est un animal plein de noblesse et intensément demandeur d’activité. Ne me demandez plus de plaindre celui ou celle qui s’est fait bouffer par leurs beau clebs aux yeux bleus, ils n’avaient qu’à le laisser là où il doit vivre normalement !! Revenons en à nos engins bruyants. J’ai appris au fil de la discussion que cette activité rapportait à Mont Laurier la bagatelle de 12 à 15 millions de dollars canadiens .. comme quoi ce n’est pas qu’au sens propre que l’outil sert à sortir du trou !! On a repris notre route, tranquille, enfin si on peut nommer comme cela une balade de 120 bornes à 90 à l’heure sur des allées pleines de trous et de bosses aveugles. Maintenant sans être extraordinaire, la maîtrise est largement suffisante pour ne plus manquer de s’en mettre une à chaque virage un peu trop prononcé. Le temps est toujours aussi beau et la température a quelque peu remonté .. Il ne fait plus que moins 22 !! Tout en roulant on trouve une sorte de sérénité qui fait fi du bruit que distille ce maudit moteur deux temps. En fait la quiétude et le plaisir de la conduite dépassent largement ce désagrément, c’est la contemplation sans le silence. On est toujours dans le blanc, un blanc qui se cherche tellement qu’il utilise chaque rayon de lumière pour se donner une personnalité.
Je comprends enfin pourquoi les gens d’ici aiment tant se balader avec engin bruyant et polluant .. en fait il arrive à se faire oublier au beau milieu de l’immensité. Je ne sais toujours pas où nous sommes, cela fait trois jours que j’ai perdu la notion des distances et de l’orientation. Nous sommes soudain arrivés dans un endroit qui toutefois va rester à jamais gravé dans ma mémoire : le grand réservoir artificiel de Baskatong … 20 bornes à toc dans un désert blanc où il n’y a rien c’est un souvenir rare. Y’a tellement rien qu’on se délecte de détails et le vent de travers qui fait échapper la poussière de neige de celui qui te précède contribue à l’irrationalité du paysage. Nous venions de nulle part et allions on ne sait où .. Dans notre monde où tout un chacun s’attache à avoir une destination propre et figée .. Carpe diem !!
A midi c’est la civilisation que l’on a rattrapé, enfin si on peut appeler cela civilisation cette étape qui semblait surgie d’un décor lunaire, complètement hétéroclite de par sa décoration murale allant des débris de moto-neige aux trophées de chasse en passant par les billets de banque et les vieux vêtements. On pourrait comparer ce bistrot-restau-station à ces comptoirs d’oasis au beau milieu du Sahara ou à ce café perdu au beau milieu de l’Arizona. On a apprécié l’étape mais on était bien content de s’en tirer pour s’en retourner vers le sauvage !! On a eu droit à un parcours trialisant, au cœur d’un bois de bouleaux et d’érables, à la recherche de chevreuils en vadrouille. C’est à se demander comment cet outil arrive à se frayer un passage au milieu d’un tel imbroglio d’arbres et de rochers. Encore un intense moment de plaisir même si le seul chevreuil qu’on a rencontré s’est contenté de sauter le sentier devant la guide.

On a retrouvé au sortir du bois, alors que l’on pensait être au bout du monde, une route nationale très fréquentée et une auberge comme on en espère chez nous à chaque détour de nationale. Les portes triples nous ont permis de s’évader du bruit de la circulation. Nous commencions a devoir nous réhabituer à vivre au cœur du monde, c’était le début de la fin. Nous avons un peu noyé notre tristesse dans la bière locale puis au cours d’un repas qui ne ferait pas honte à n’importe quel Michelin français nous avons refait une partie du monde avec le pourvoyeur. Celui-ci connaissait bien la France et était tellement heureux de nous décrire ces régions que nous connaissions par cœur .. comme nous n’étions pas avares de détails en ce qui concernait notre découverte de son propre pays ce furent les bières et le Chateauneuf du Pape qui mirent fin à cet échange d’émerveillements .. Pourquoi aller si loin alors que nous avons d’aussi belles choses à coté de chez nous .. tout simplement parce que nous ne les voyons plus d’un regard neuf !!

La haut sur la montagne

Dernier jour de trail. On a commencé par le parcours hors pistes de la veille mais à l’envers .. avec la perspective d’une descente abrupte avalée la veille qui allait devenir bien sûr montée impossible ! C’était dans 6 km nous avait dit la guide .. 6 km à se demander ce qu’il allait se passer si on se plantait au beau milieu .. Nous n’étions pas très fiers !! On sentait l’atmosphère quelque peu tendue .. eh bien ce ne fut qu’une simple formalité, ce maudit engin prouva sa redoutable efficacité, cela monte quasiment aux arbres ce truc !! Après comme par miracle, tout fut remarquablement facile, il ne pouvait plus rien nous arriver, on était les rois du monde. Chacun y alla de sa technique et le seul leitmotiv était prendre un max de plaisir dans le peu de temps qu’il nous restait à profiter des sites. Un brève excursion dans la ville indienne de Maniwaki nous prouva pourtant deux choses : qu’un hibou peut vivre en plein jour sur le haut d’un poteau téléphonique au beau milieu d’une cour d’école sans qu’on vienne l’emmerder et que la moto neige est totalement inadaptée et inconduisible dès que le neige laisse place à une surface asphaltée. Deux kilomètres et un litre de sueur plus loin nous avons trouvé un restau qui nous a servi une pizza façon Stromboli qui aurait eu un prix dans n’importe quelle auberge transalpine, une pizza qui nous a été préparée par une jeune femme métis d’iroquois dont les yeux, au même titre que le plat qu’elle nous a servi, méritaient le détour !! Nous avions déjà 140 bornes au compteur quand la guide nous invita à faire un large détour. Il fallait pour terminer en beauté visiter « sa montagne ». L’accès pour arriver au pied du Mont du Diable c’est déjà quelque chose. La piste était large, parfaitement damée et la neige exceptionnellement douce. La technique, nous la maîtrisions désormais très correctement. Moralité : Un pied fantastique. La grimpette vers ce que les québécois appelle « la route des américains » c’est un moment exceptionnel.

Arrivé sur ce piton rocheux, battu par les vents et planté d’antennes recouvertes de givre, nous avons découvert sur 360 ° la quasi totalité des Laurentides. Nous dominions un décor fait de forêts et de lacs d’une intense beauté. Nous avions atteint à la fois le point culminant du pays et celui de notre plaisir. Le soleil se couchait quand nous nous sommes décidés à partir ?. Le vent chantait dans les câbles et au loin on voyait les lumières de Mont Laurier .. le ciel était rose .. Mont Laurier rose .. Tiens à propos, en rentrant, va falloir que je taille les miens !!

Notes et conseils

Sur le chemin :

Conduite .. : Laisser agir le feeling. Vous aurez une grande impression de vitesse mais surtout ne regardez jamais le compteur, sa position fait que vous quitterez des yeux la piste et c’est la faute assurée.
Consommation : A l’américaine c’est du 15 à 20 litres aux 100, vous allez me dire ici l’essence coûte moitié moins cher qu’en France.
Équipement : Pensez à prendre un bon sac étanche, la poussière de neige s’infiltre partout.

A l’hôtel :

Tension : C’est du 110 V, vérifiez que vos transfos divers acceptent de voltage.
Baignoire : Pour la boucher appuyez sur la bonde, c’est à se demander pourquoi nos systèmes sont aussi complexes.
L’eau : Ils ne la payent pas au Québec, c’est pour cela qu’ils en mettent sous forme de glace dans toute les boissons.
Les repas : Du poulet à toutes les sauces, si vous n’aimez pas ce volatile prévoyez des jours de jeune ! La viande hachée est assimilable à du carton bouilli .. à éviter. Le poisson est excellent surtout les filets de « doré » le poisson de lac le plus prisé.
Les cornichons sont à éviter .. absolument horribles. Le pot au feu est une grand moment de cuisine, il le nomment « bouilli » c’est péjoratif. La fondue au bouillon à base de viande de caribou et de veau est un plat de roi .. laissez tomber les filets de poulet. Le café est horrible, même serré.

Tout le temps :

L’accent québécois : C’est nous qui avons un accent !!
La vitesse du parler : « Ch’parl pt’et vit, mais m’avez point ‘tendu après un caisse de douz ! » La guide dixit !!

Remerciements :

A Renée Cyr, notre guide, qui a su parfaitement s’adapter aux exigences de notre groupe et qui a tout fait pour que notre séjour soit inoubliable.
A la société Constantineau, concessionnaire Bombardier, pour la qualité du matériel mis à notre disposition
… et à la population du Québec, nos cousins d’Amérique qui aiment tant nous voir venir chez eux.


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