Pourquoi pas faire les emplettes d’une moto de l’ancienne génération ?

vendredi 20 avril 2012
par  Hippolyte Duhameau
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La nouvelle version d’une moto n’enterre pas forcément la précédente. Les changements sont parfois sensibles mais le modèle remplacé reste le plus souvent encore dans le coup et ce durant plusieurs années.

La catégorie représentant le mieux ceci est celle des sportives. À coup de gramme par ci et millimètre par là on veut nous faire avaler que la moto est transformée. C’est loin d’être vrai, et si la facture bien salée pour acquérir le dernier modèle ne suffit pas à nous refroidir, la décote à la revente devrait y parvenir. Malgré ça on peut avoir envie de rouler sur une nouveauté mais l’achat d’une moto neuve dans cette catégorie restera toujours un achat passion.
Cette décote fait le bonheur des acheteurs malins, pas désireux de se saigner. Et s’il n’y a pas de grands risques lorsqu’on achète une sportive récente, surtout si elle est encore sous garantie, bien qu’on puisse tomber sur celle d’un demeuré l’ayant fait rupter toute la nuit durant un Bol d’or, il n’en est pas de même pour celles approchant ou dépassant la décennie.

Je vais rester sur l’exemple de la vieille sportive pour lister les points à vérifier car je pense que ce sont les motos qui ont généralement le plus lourd passif. En effet, ce genre a une forte tendance à chuter, à être abimé, maltraité. Piste, propriétaires semi-expérimentés venant de réaliser leur fantasme, conduite trop soutenue, vol, stunt, les raisons ne manquent pas.
Toujours motivé ? Alors commençons l’inspection, armé d’une lampe de poche ou frontale pour voir le moindre recoin de la moto convoitée.

Les points à vérifier

Déceler la grosse chute, le vol.

Un grand nombre de sportives ayant passé la décennie sont souvent tombées lourdement, on va donc observer attentivement le cadre et les parties exposées.

Avant tout on vérifie la bonne présence du numéro de cadre gravé sur la colonne de direction ainsi que la concordance avec la petite plaque riveté dessus et la carte grise et est ce que le Neiman fonctionne bien...

- Si le cadre est en alu, a t il été poli ? Et si oui, les soudures sont-elles toujours bien présentes.
- Le cadre a t il été repeint (les numéros de cadre sont-ils sur ou sous la peinture) ?
Un cadre repeint ou poli est une suspicion de chute car lorsque l’on redresse un cadre en alu il prend des couleur irisées que l’on peut faire disparaître de cette façon.
- Les butées de colonne de direction ou de fourche sont-elles marquées ?

Voilà trois points qui, si l’assurance avait joué, sur lesquels plus aucune trace ne subsisterait, les pièces touchées étant systématiquement remplacées.

On continue en regardant si le radiateur est froissé ou si le collecteur a reçu un choc. Si c’est le cas regardez bien la distance entre la roue avant et le bas de carénage, si elle est trop faible non seulement la moto a subi un impact frontal mais en plus elle n’a pas été réparée !!

On se place ensuite derrière la moto et on vérifie que la coque arrière est bien en ligne avec la roue arrière, le réservoir et le cockpit (cadre vrillé au pire, boucle arrière ou araignée tordue au mieux).

Si une de ces vérifications nous indique un cadre froissé mieux vaut fuir la machine, de bien gros frais étant à prévoir (entre 1000 et 3000 euros suivant le type de réparation).
En cas de doute, sachez qu’un contrôle coûte entre 100 et 150 euros, un redressage (si le cadre n’est pas trop abimé) 400 à 500 euros, sans le prix du démontage et de la peinture époxy (200 euros avec le microbillage / sablage, à cela on rajoutera la dépose, changement et la re pose des roulements 200 euros minimum).
Sachez aussi qu’une machine ayant chuté lourdement peut avoir des éléments du moteur fragilisés.

Déceler la petite chute, l’utilisation piste.

C’est moins grave mais ça peut induire des frais.

- Les embouts de guidon sont-ils ceux d’origine ? Ont-ils frottés ? Et le pot, les leviers, les repose-pieds, pédales et carters ? Les extrémités de la fourche et du bras oscillant ? On y lira la violence de la chute (à l’arrêt, glissades plus ou moins longue...).
- Le cadre ou les carters sont-ils dotés de protection carbone ou autre ? Ce sont souvent des cache-misère : chute dans des graviers (piste) ayant créé des centaines de petits impacts (pas méchant et on doit retrouver ces impacts sur d’autres parties de la moto, comme le bas de la fourche), ou, plus grave, choc, bosse plus ou moins grosse ainsi cachée. C’est aussi souvent l’indication d’une utilisation piste.
- Les vis ont-elles été freinées (percées et retenues par des fils de métal) ? On peut alors être sûr que la moto a fait de la piste, voir même de la compétition (de nombreux règlements imposent de freiner les vis).
- Y a t’il des petites boules de gomme partout dans le passage de roue, la plaque, le feu arrière, l’intérieur du bras oscillant ?
- Comment se porte l’habillage ? Est-ce les coloris d’origine ? Est-il abimé par endroits ?
- S’agit-il d’un habillage polyester repeint (autre indice d’une probable utilisation piste et de la destruction de l’habillage précédent). S’il est en trop bon état par rapport au reste de la moto ça peut être parce que la moto servait à la piste et a été fraîchement remontée.

Si la peinture est à refaire, il faut prévoir entre 600 et 1600 euros selon ce qu’on souhaite. Un bon peintre peut ressouder des carénages cassés, réparer un carénage râpé, refaire des attaches et repeindre des pièces sans qu’il soit nécessaire de changer les autocollants n’ayant pas souffert. Enfin il existe des personnes faisant des autocollants identiques à ceux d’origine.

L’entretien.

La moto doit être roulante immédiatement. C’est le signe d’un entretien régulier et cela permet un essai qui nous révèlera bien des choses à son sujet. Si elle ne roule pas, il y a prise de risques. D’innombrables loups peuvent être présents. Déjà qu’en l’essayant on n’est pas à l’abri d’une surprise, sans essai c’est du sans filet ! Enfin, à chacun de voir mais sois averti qu’une remise en état coûte pratiquement tout le temps plus cher au final que l’achat d’une machine n’en ayant pas besoin. Sans parler du temps qu’il faudra lui consacrer.

Donc si vous voulez en retirer rapidement le plaisir maximum sans être obligé de passer par une phase garage, il faut que la machine ait été bichonnée.

L’entretien est un point important car les vieilles motos étant moins chères, la tentation d’économiser dessus est grande. L’idéal serait d’avoir les factures ou le carnet de révisions mais c’est rarement le cas en pratique. Ce n’est toutefois pas rédhibitoire car à l’état de la moto on peut avoir une idée du soin qui lui a été porté par son actuel propriétaire. Pour cela il nous faut l’inspecter en détail, en commençant par l’entretien courant :

- Le plus simple : la chaîne est elle graissée ? C’est le B-A BA de l’entretien courant, s’il est baclé, ça commence mal. Quid de la tension ? Est-il en fin de vie (points durs, état des dents de la couronne) ?
- Les pneus, ensuite. Faut-il les changer ? Sont-ils correctement gonflés, bon signe d’une utilisation régulière ?
- Où en sont les plaquettes de frein ? A changer ?
- De quelle couleur est le liquide de frein ? Tout comme la fourche il doit être changé tous les deux ans ou 20 Mkm environ. Couleur miel c’est bon, noir il faut le changer.
- De quand date la dernière vidange ? Le dernier changement du filtre à air, des bougies, de la batterie, du dernier remplacement du liquide de refroidissement, réglage des soupapes, synchro des carbus ou de l’injection ?

A ce moment on doit déjà avoir une idée du soin qui a été prodigué à la moto.

Reste à voir l’état général, qui est aussi un bon indicateur de frais potentiels :

- Quelle est l’usure des disques de frein, avant comme arrière ? Cela doit corroborer le kilométrage de la moto. Si elle est nulle ils ont probablement été changés, soit à la suite d’une usure normale, (au moins 40 Mkm, à moins d’une conduite musclée ou de plaquettes inadaptées) soit à la suite d’un accident.
- Y a t’il beaucoup de pièces rouillées ? Où en est la ligne d’échappement ? Est-elle marquée ? Est-elle rouillée ?
- Quelle est la consommation d’huile ? Signe de fatigue ou du moins d’un point à surveiller si la vente se conclue. On vérifie le niveau si c’est possible aisément.
- Y a t’il des fuites d’huile ou autre ? Celles-ci pouvant ne pas être présentes car la moto propre, on les cherchera après un essai routier. Si on en trouve sur un tube de fourche c’est qu’on a un joint spi mort : prévoir au moins 100 euros leur remplacement avec la vidange de fourche. Faites bien attention au joint d’embase au remplacement très couteux : derrière le collecteur et sous les carbus ou l’injection. Et aussi à tous les endroits où il y a des joints : carters et vis de vidange. Suivant son emplacement une fuite peut coûter très cher à juguler.

L’essai.

Acheter une vieille sportive (ou une vieille tout court) sans l’essayer est vraiment le truc à éviter. Cela nous renseignera trop sur son état pour s’en priver. Au pire vous pourrez le faire en transportant le propriétaire comme passager s’il ne souhaite pas qu’on l’essaye sans surveillance. Dans le cas d’une moto inutilisable, soit vous êtes joueur (ou restaurateur) et vous la prenez quand même, soit vous demandez au vendeur de la remettre en état afin de pouvoir la tester avant. Si elle ne roule pas et que vous en faites l’acquisition quand même vous faudra pouvoir assumer en temps et argent et ce sans vous plaindre !!

En Route ...

On démarre le moteur, idéalement à froid car les bruits qu’il produit s’entendront alors assez nettement. On peut embrayer pour en faire diminuer certains. Si on a un bruit de casserole (venant bien du moteur, pas d’un accessoire qui vibre ou bien d’une chicane dessoudée dans le pot) ou des cliquetis il faudra prévoir de petits frais (réglages des soupapes ou de la carburation) ou des gros (chaîne de distribution, voir pire ) si une pièce est en train de lâcher. On sera aussi à l’écoute de la régularité du ralenti.

C’est parti pour l’essai routier.

- Est-elle stable à faible vitesse en ligne droite ou bien donne-t-elle l’impression de zigzaguer ? Les roulement de direction sont peut être morts ou bien la colonne de direction est desserrée.
- Va-t-elle tout droit lorsqu’on lâche le guidon ? Si non, ça peut aller de roues mal axées à un cadre tordu.
- Donne t’elle l’impression de rouler sur du gravier ? Les roulements de roues sont alors probablement à changer.
- La roue avant tressaute t’elle à partir d’une certaine vitesse ? C’est sûrement un problème d’équilibrage. Pas bien grave.
- Fait-elle de nouveaux bruits ? Il faut être à l’écoute, le moteur doit mettre en confiance.
- Prends-elle bien ses tours ? C’est un point très important. Si elle le fait sans accélérer, c’est que l’embrayage est mort. Si elle marche bien à tous les régimes c’est bon signe, si des trous sont présent il y a peut être des problèmes de richesse / carburation.
- A-t-on des explosions à la décélération ? C’est le signe d’une richesse à régler : elle est soit trop riche, soit trop pauvre.
- Comment est le freinage ? S’il est spongieux il faudra changer le liquide voir les durits. S’il est mou il faudra nettoyer les freins et changer les plaquettes (glacées peut être). S’il vibre peut être qu’un disque est voilé.
- Les vitesses passent-elles bien ? Les voyants, clignotants et feux fonctionnent-ils ? Les comodos sont-ils en bon état et fonctionnels ?
En revenant de l’essai on mettra de grands coups de gaz à l’arrêt. Si elle émet de la fumée bleue ce sera le signe de consommation d’huile ; or si la moto n’est pas réputée gourmande en la matière, soit notre exemplaire a été victime de maltraitances, soit il est fatigué.
On peut aussi avoir une idée de la consommation d’huile en démontant les bougies (pas simple à faire ) ou tout simplement en regardant les sorties des pots d’échappement : noir sec tout va bien, noir gras conso d’huile (Si c’est un deux temps ne vous inquiétez pas !!).

En conclusion.

Ne surtout pas se jeter bêtement sur la moto au prix le plus bas. Une vieille sportive en bon état et entretenue est rare, n’hésitez pas à l’acheter un peu plus cher.
Pour bien comparer il faut rajouter les frais de remise en forme. Si tout l’entretien est à faire, il faudra prévoir au minimum 1000 euros. Et si la moto a tapé il peut s’agir d’un véritable nid à emmerdes.
Reste que l’achat d’une vieille machine n’est à faire que si on est prêt à lui faire au moins une petite remise en forme. Mais quoi qu’on fasse il y a toujours une prise de risques.
Si on a toujours un doute concernant la moto qu’on vient d’acquérir, un contrôle de cadre (100-150 euros), une prise de compression (50 euros), un passage au banc (50 euros) ou une analyse d’huile (50 euros) seront de bons moyens de réponse.

Si un vice caché est établi, il nous faudra le faire constater par un expert. Le précédent propriétaire, particulier ou professionnel, de bonne foi ou non, sera alors tenu de récupérer sa machine et de vous rembourser son prix d’acquisition, ainsi que les autres frais occasionnés (carte grise, etc) .. mais là on peut rentrer dans une procédure qui va vous couter du temps et de l’argent !!

Achat à l’étranger

On peut y trouver des prix très intéressants, justifiant parfois le voyage et le passage à la DRIRE pour l’obtention de la carte grise Française. Si on désire se lancer dans cette voie, il faut savoir que l’on obtiendra les papiers seulement si la moto est entièrement dans son état d’origine. Ce qui signifie que le pot d’échappement, les clignotants et les rétroviseurs, par exemple, ne doivent pas avoir été changés, même contre des modèles homologués !
Pour le moteur je ne crois pas que sa puissance soit vérifiée, mais si c’est une moto dont la carte grise étrangère est donnée pour plus de 100 chevaux alors là il est fort probable que le jeu n’en vaille pas la chandelle, la remise en conformité demandant la plupart du temps beaucoup d’argent et encore plus de temps.

Les avantages et inconvénients de ce genre d’emplette.

D’abord le prix qui va, selon la cote de l’engin et surtout son capital succès être aux antipodes du tarif neuf et même de celui d’un occasion récente.
Le risque de vol est plus faible. L’assurance est moins chère. Mais quand on voit ce qu’elle vous sera remboursée, le prix réclamé peut encore paraître excessif. Alors autant l’assurer au tiers ou au tiers-vol.
Et si elle est âgée (dix ans et plus) et qu’il ne s’agit pas d’un ancien best seller, on peut chercher une assurance collection à des tarifs super compétitifs. La carte grise est aussi à moitié prix une fois le dixième anniversaire fêté.

Autre avantage on peut faire l’entretien soit-même. Les pièces à changer peuvent se trouver plus ou moins facilement dans les casses, les petites annonces ou sur internet, généralement à petit prix. Si celles-ci sont introuvable on devra alors se retourner chez le constructeur, qui a l’obligation de fournir les pièces jusqu’à 20 ans après la vente de la machine.

Voilà, avec ces quelques conseils vous allez pouvoir vous lancer dans le recherche de l’oiseau rare, mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, il existe de petits restaurateurs qui vendent du bon matériel à un prix souvent compétitif et avec un minimum de garantie .. Vous pouvez nous contacter, on en connait !!

Hippo.



Commentaires

mercredi 26 septembre 2012 à 17h34

Cet article est très intéressant.

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