VIEIL AVATAR QUE J’AIMAIS

mercredi 12 mai 2010
par  Guido
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Et si la lucarne magique était le moyen de trouver un coin de ciel bleu dans les nuées hivernales qui s’attardent ?

Y’a plus de saisons ma bonne dame ! Par les (sales) temps qui courent, l’hiver traine encore ses basques sur le paillasson engazonné du printemps. Je pourrais vous entretenir de cette nichée de martinets qui met en musique les pierres de mon balcon mais voilà, je suis motard. Pour moi, printemps signifie batterie en charge, coup de kick rageur et nettoyage de... printemps. Un sourire niais me barre alors le bol à l’idée de filer à nouveau là-bas, dans le lointain, calé sur cette bécane qui tout compte fait n’est pas si mal au sortir de l’hiver.

Sauf que cette année, le film s’est enrayé. Point de remise en route sur fond de Vivaldi : exit Les quatre saisons. Insupportable situation, vaine attente, souffrance addictive. Il me faut ma ration journalière de plaisir motocycliste. Il faut que ça penche et vite ! Un rapide coup d’œil me précipite sur la console. Bip, clac, Vroum ! Enfin seul sur ma simulation de course 3D.

Alors que le virtuel pourrait offrir le champ libre à la satisfaction des fantasmes les plus inavouables du motard désespéré d’être à pied, les concepteurs livrent des circuits fermés sans échappatoire et des drapeaux rouges en cas de contre-sens. Cela s’entendrait pour des logiciels pédagogiques. Mais enfin, qui n’a jamais rêvé de sortir du circuit pour aller se tirer une bourre sur la route qui serpente en contre-bas de la piste ? Lequel d’entre vous n’a pas jubilé à l’idée de se voir offrir un guidon Ducati après avoir pourri Hayden aux essais en mode « débutant » ? Et je ne vous dis même pas mon projet pour cette umbrella girl au décolleté abyssal... Malheureusement, point de motard rebelle et libidineux dans PC Land, à moins de changer d’univers et de qualité graphique pour habiter un psychotique ultraviolent dans un scénario peuplé de Japonaises tunées *.

Si au fil des années, le réalisme s’est accru, le jeu moto offre généralement un pilotage en mode arcade dans lequel n’importe quel bouffon peut faire la nique au roi Rossi. A toi, le dépassement sur l’angle dans le bac à sable ; à moi, la gamelle à 300 km/h sans une égratignure. Vendre au grand public exige une simplification extrême. D’ailleurs, tous les jeux moto affichent l’étiquette « + 3 ans », c’est tout dire...

Toutefois, une minutieuse expertise du menu de jouabilité pourrait réveiller le démon de la route qui sommeille en vous. En supprimant répartiteur de freinage et contrôle de traction, on entre dans le monde parallèle de la trajectoire sinusoïdale et du filet de gaz numérique. Désormais, il s’agit de ne plus se tromper de bouton : pas assez de triangle bleu et on perd l’avant ; un peu trop de croix verte et c’est le highside assuré.

Au fil des tours, mes doigts indélicats ne cessent de martyriser cet avatar pour lequel je finis par ressentir de l’empathie. Stop, j’arrête le massacre pour retourner à la fenêtre guetter l’arrivée du beau, du bon temps.

* Jeu Grand Theft Auto IV, « The lost and damned ».

Guido du Bourdon nippon.



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