Choisir une GT comme première moto

samedi 14 décembre 2013
par  FlatFab
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Rares sont les « jeunes » motards (ceux qui ont moins de 25 ans ou moins d’un an de pratique) qui rêvent de débuter sur une moto de grand tourisme : trop lourde, pas assez nerveuse, pas assez flambeuse. Mais il en subsiste tout de même, notamment parmi les débutants un peu plus âgés, voire les quadragénaires qui commencent ou reprennent la moto.
Voici quelques conseils pour confirmer ou non ce choix et faire en sorte que ça se passe bien.

Même si je pense qu’une moto GT peut tout à fait convenir comme première machine, j’aurais plutôt tendance à conseiller de se « faire les dents » (les muscles, l’expérience et tout ce que vous voudrez) sur une moto plus légère et moins coûteuse.

L’engin idéal pour débuter avec une moto routière « facile » est à mon avis la Honda Deauville (650 ou 700) qui rassemble de nombreuses caractéristiques proches de celles d’une moto de grand tourisme pour deux fois moins cher.

Mais on peut tout aussi bien commencer avec une Honda CB500S (ou toute autre moto basique ou roadster en version semi-carénée) ou avec un trail routier de moyenne cylindrée (type Suzuki 650 V-Strom, Kawasaki 650 Versys, Yamaha TDM 850 ou 900, BMW F650GS mono et twin, BMW F700GS).
Voire une routière « sportive », comme les BMW F800ST et F800GT, même si la position reste en appui sur les poignets.

Tout est ensuite une question d’équipement de la moto : bagagerie souple ou rigide, accessoires de protection contre le vent, la pluie et le froid, selle « confort », etc.

A condition de posséder le gabarit physique adéquat (plus de 1,70m et de bons muscles), on peut également envisager une des vieilles gloires du GT : une Yamaha Diversion 900 (en version GT ou non), une Triumph Trophy 900 ou 1200, une Kawasaki 1000 GTR…

Voire, pour commencer à goûter aux joies de la BM, un K75RT ou une R80RT ou R100RT.

Et pourquoi pas une R850RT ?
Mais là, il faut vraiment mesurer plus de 1,75m, plutôt 1,80m, avoir de grandes pattes et/ou une bonne constitution... ou bien pas mal d’expérience motarde pour une bonne maîtrise de l’équilibre et du poids de cette moto qui atteint les 300 kilos.

Dans tous les cas, la première moto doit être une bécane d’occasion, même récente.

Votre portefeuille personnel, votre banquier et votre assureur apprécieront, à l’achat comme en cas de chute.
Vous vous sentirez plus sûr de vous au bout de quelques mois (au moins un an ou 20.000 km) pour passer sur une « grosse » GT, haute et lourde.

Comme une RT (850, 1100, 1150 ou 1200), une K1200GT, une R1200GS (Adventure ou non), une Kawasaki GTR 1400, une Honda Pan-European ST 1100 ou 1300, une Triumph Trophy 1200, une Moto Guzzi 1200 Norge, une Yamaha 1300 FJR, etc.
Voire une K1600GT / GTL ou une Honda 1800 Goldwing...

Mais, me direz-vous, qu’y a-t-il de si compliqué ?

Après tout, ce n’est qu’une moto, elle se conduit comme toutes les autres, pas de raison que ce soit plus difficile. Et vu le faible rapport poids / puissance (comparé à une sportive, j’entends), on ne risque pas de se retrouver avec les yeux collés au fond du casque…

Certes, sauf qu’une moto GT est « impressionnante » à plus d’un titre.

Par son prix d’abord.
Un « p’tit jeune kinenveu » va avoir du mal à se payer une moto à près de 15.000 euros (voire 20.000 sur un modèle neuf de forte puissance avec toutes les options).
Il faut ensuite songer au coût de l’entretien, loin d’être négligeable sans être astronomique, et surtout à celui de l’assurance.

Même si vous venez de vendre votre start-up à prix d’or et que vous estimez avoir les moyens de l’acheter, même si vous avez 40 ans passés avec plus de 13 ans d’assurance automobile sans sinistre, faites attention au regard que vous lancera votre assureur moto quand vous lui annoncerez que vous allez acheter comme première moto une bécane de plus de 1.000 centimètres cubes neuve. Il risque d’avoir soit un petit sursaut, soit un grand sourire gourmand…
J’ai vu des primes d’assurance à 3.000 euros par an en tous risques sur Paris.

Par son faux caractère de « grosse mère tranquille », ensuite.
La protection contre le vent est telle que l’on ne se rend pas compte de la vitesse. La stabilité est tellement irréprochable, le freinage tellement puissant que l’on a une impression de sécurité complète.

Résultat, parfois, on se retrouve dans une situation d’urgence que l’on n’a pas vue venir. Et si on ne connaît pas bien sa machine, c’est mal barré…

Bien connaître une moto, cela demande du temps, ou plus exactement des kilomètres.
Beaucoup de kilomètres. J’estime personnellement qu’il faut entre 5.000 et 10.000 bornes pour avoir à peu près fait le tour des réactions d’une moto. Et encore, pour un motard expérimenté, qui aura l’habitude de changer de monture et de savoir interpréter les différences de comportement.
A condition également de varier les parcours : 5.000 km toujours sur la même route (genre domicile-travail par voie rapide), ce n’est pas la même chose qu’en sortant tous les week-ends en balade en montagne et/ou en partant en vadrouille à l’autre bout de la France pour une concentre…

Pour un débutant total, il faut bien compter 10.000 à 15.000 km avant de se sentir vraiment à l’aise.
Or c’est là qu’il entre dans la période la plus dangereuse !
Quand on ne se sent pas à l’aise, au moins on fait attention. La confiance aidant, on perd cette attention, cette concentration, on se laisse aller plus facilement parce qu’on sait rattraper les petites situations d’urgence. On repousse ses limites. Qu’advienne un vrai gros problème, ce sera dans des conditions tellement extrêmes qu’il ne vous laissera aucune chance.

Enfin et surtout, une moto GT impressionne par son poids et son gabarit.
Près de 300 kilos tous pleins faits (parfois plus), vous y ajoutez le poids du top-case et de son contenu, le contenu éventuel des valises, le poids de la radio, peut-être une sacoche de réservoir, et même parfois un passager : on atteint les 400 kg de masse en mouvement, sans compter celle du conducteur.

A partir de 10-20 km/h, ça va, la moto est stable et bien équilibrée. Pourvu que l’amortisseur arrière soit encore en vie et les pneus bien gonflés, c’est un vrai plaisir.
Mais en dessous, gaffe ! Au-delà de cinq degrés d’angle, la moto tombe facilement, et quand elle part, plus question de la rattraper. La selle, souvent assez haute et large, n’arrange pas les choses pour ceux qui mesurent moins d’un mètre 80.

Il suffit d’un rien, une feuille morte qui glisse sous la semelle au feu rouge, un sol meuble, le sable qui se dérobe sous vos pieds au moment de béquiller, la semelle boueuse qui ripe sur la béquille centrale, la passagère qui se penche un peu trop dans un mouvement brusque (ou qui s’endort, vécu), l’herbe humide qui glissouille… Et la moto verse sur le côté.

De même, il faut faire très attention au béquillage et débéquillage, que ce soit sur la latérale ou la centrale.

Avec une moto GT, il faut tout anticiper.

Réfléchissez bien avant de vous stationner : comment allez-vous repartir ? Le stationnement est vraiment la situation où le poids se fait le plus sentir.

Dernier point qui consolera peut-être les débutants : le poids d’une moto GT ne constitue pas à mes yeux un inconvénient majeur pour un motard débutant. Du moins pas plus que pour un motard chevronné.

On a vu des motards très expérimentés coucher leur RT à l’arrêt. C’est une question d’une part de gabarit physique et d’autre part d’expérience sur cette moto (et non d’expérience de la moto en général), de maîtrise de son équilibre.
J’ai même vu un camarade (aujourd’hui décédé) perdre l’équilibre à l’arrêt devant son garage, à un endroit qu’il connaissait comme sa poche, en faisant une manoeuvre peut-être pour la 2.000e fois de sa vie, sur une moto qu’il connaissait par coeur, c’était sa troisième RT après plusieurs dizaines de milliers de kilomètres…

Bref, choisir de prendre une moto de grand tourisme comme première machine peut s’avérer un bon choix, si c’est vraiment la pratique moto qui vous convient (et je ne peux personnellement que vous comprendre et vous approuver).

Mais ce choix doit être longuement réfléchi et fondé sur des conditions qu’il vaudra mieux respecter : votre constitution physique, votre expérience motarde (ou absence d’expérience), et votre budget.




Commentaires

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samedi 6 septembre 2014 à 17h54 - par  alphatoine

Un énorme merci pour cet article qui m’a servi de guide lors de l’achat d’une 850 RT (BMW). Le permis fraichement obtenu, pas encore 30 ans et conseillé par un ami motard "expérimenté", j’ai suivi vos conseils avisés et ne regrette en rien mon choix.

Je souscris pleinement à votre analyse quant à la nécessité de pouvoir contrôler le poids de ce type de véhicule, surtout à l’arrêt. Très inexpérimenté (conducteur 2 roues depuis longtemps sur scooter et moto 125 = rien à voir !), la moto a fini couchée sur le flan à l’arrêt à 3 reprises :
- tentative de guidage "comme à la moto-école", mauvaise gestion des efforts (importants !) nécessaires à la poussée, perte d’équilibre, Bing !
- arrêt à la pompe à essence, la zone de stationnement est en légère pente, surpris lorsque je descends de ma monture, je tente de la rattraper (compte là-dessus et bois de l’eau fraîche...), re-Bing !
- manœuvre de désengagement d’un stationnement après que ma passagère se soit installée, Ah, tiens, la répartition de la charge est différente quand quelqu’un est derrière mois, tentative de rattraper la moto (poids de la moto+des bagages+de la passagères... on a dit "en bonne condition physique" pas "champion du monde d’haltérophilie" non plus !) re-re-re Bing !

Heureusement plus de peur que de mal, quelques éraflures qui resteront comme les cicatrice de mon apprentissage.

Aujourd’hui (6 mois environ après l’achat) je commence tout juste à maîtriser les manœuvres à l’arrêt avec la bête. Dès que la machine dépasse les 5hm/h, son poids est vite oublié... donc je redouble d’attention car cette impression d’aisance est traîtresse.

Habitant en ville, l’achat d’une routière a été motivé par une volonté de partir en ballade en duo à la campagne. A dire vrai, c’est madame qui a bien orienté le choix du modèle pour des questions essentielles de confort. J’ai conservé ma petite 125 pour les courts trajets et parce qu’elle est définitivement plus adaptée aux liaisons intra-urbaines.

Concernant les tarifs, je m’en sors avec un budget inférieur à celui annoncé (5600€/56 000 km) pour une assurance annuelle aux alentours de 700€ après avoir négocié la reprise de mon ancienneté de conducteur de 125cc auprès de mon assureur habituel - c’était ça ou j’allais ailleurs, la mutuelle des motards le faisant sans négociation (en tiers amélioré, le tout risque était pour moi hors de prix, et j’ai des circonstances atténuantes comme le fait que la moto date de 2006, dort à l’intérieur, sert somme toute peu souvent...)

J’espère que ces quelques tranches d’expériences illustreront l’article ci-dessus dont je remercie encore mille fois l’auteur.

Bon ride à tous !

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