PAS MA TASSE DE TT

dimanche 20 juin 2010
par  Guido
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Les courses du Tourist Trophy (TT) 2010 viennent de s’achever sur l’île de Man. Pendant qu’on loue Hutchinson, on soigne Cummins, Martin et Schmidt sans oublier que l’on enterre Paul Dobbs.

" En ayant écrit ces quelques pages vous vous êtes coupés du monde des passionnés de la moto et pas seulement de ceux du TT. », ainsi s’achevait la lettre ouverte de Jean-Michel PRUDON – animateur d’un blog consacré au Tourist Trophy (ou TT) - adressée à la rédaction de l’Equipe Magazine à la suite de la parution en juin 2009 d’un long reportage critique à propos de la course sur route qui se déroule chaque année sur une île de Man.

Ce caillou coincé entre Angleterre et Irlande possède une histoire sulfureuse depuis longtemps. Cette possession de la Couronne anglaise jouit d’un statut atypique qui lui permet d’adopter des lois plus « laxistes » que celles du Royaume-uni dans de nombreux domaines. Ainsi, ces 570 km² de terres ont longtemps servi de repaire aux contrebandiers. Aujourd’hui, c’est celui des financiers. Les « facilités » mannoises font de Douglas la capitale d’un paradis fiscal contraint de signer des accords pour plus de transparence avec l’OCDE l’année dernière.

L’histoire du Tourist Trophy est, elle aussi, attachée à ce statut singulier de l’île. Lorsque la législation anglaise (Locomotive Acts) interdit les courses sur route, limita la vitesse des véhicules à moteur à 32 km/h et exigea le signalement du passage d’un véhicule en ville par drapeau rouge, le secrétaire de l’Automobile club de Grande-Bretagne et d’Irlande organisa la coupe Gordon Bennett sur l’île de Man en 1904. Le premier Tourist Trophy moto fut couru en 1907.
Jusqu’en 1976, le « circuit de la montagne » était inscrit au championnat du monde de vitesse mais depuis 1972, le TT était en perte de vitesse par l’action discrète du champion italien Giacomo Agostini qui, choqué par la mort de son ami Gilberto Parlotti sur sa 125cc Morbidelli dans le secteur de la Véranda, refusa dorénavant de courir cette course. Son exemple fut suivi par les autres pilotes comme Barry Sheene qui ne participa qu’à l’édition 1971. De plus, la mort simultanée de deux immenses champions - Renzo Pasolini et Jarno Saarinen - lors de la course de 250 cc de Monza le 20 mai 1973 accéléra la disparition des tracés jugés dangereux. Le début des années 1970 était une période de contestation y compris dans le monde de la moto. Les pilotes s’unirent pour dénoncer leurs conditions de travail et améliorer leur sécurité. Outre le Mountain circuit, le circuit auvergnat de Charade fit aussi les frais de cette action des pilotes professionnels.

Depuis lors, le Tourist Trophy continue de se dérouler à chaque printemps. Et chaque année, les flots de motards de l’Europe entière se pressent aux courses, et chaque année au moins un concurrent repart entre quatre planches. Pourtant, certains motards lui vouent un tel culte qu’ils en font une sorte de pèlerinage annuel. Mais qu’est-ce qui fait le succès de cette compétition ?

L’ancienneté de la course ainsi que ses caractéristiques expliquent un tel engouement. Le TT fait partie de la culture motocycliste britannique. L’Angleterre a longtemps été la première puissance industrielle du monde. Machless, Vincent, Triumph, Enfield, Norton ont fait la réputation du Made in England sur les routes du monde entier.

Le TT est la dernière course sur route à avoir compté pour l’attribution du titre mondial de vitesse. Si la nostalgie tenaille les plus anciens, c’est d’abord la convivialité de la manifestation qui semble attirer les amateurs. Comme les courses ne se déroulent qu’un jour sur deux, les motards deviennent touristes. Des concentrations de machines anciennes ainsi que de clubs de marque se donnent rendez-vous sur l’île. Ainsi, le TT est d’abord un lieu de fraternité.

L’autre cause du succès est moins reluisante. Le TT est l’expression d’une certaine idée de l’existence. Le concept de course motocycliste hors d’un lieu édifié spécifiquement pour cette pratique possède un attrait licencieux.

D’une part, cela est hors-la-loi partout ailleurs que sur l’île de Man où il n’existe pas de limitation de vitesse sur route. Les tenants de la liberté individuelle à tout prix y trouvent leur compte lors du Mad Sunday. La moto véhicule une image de rebelle sans cause, de mauvais garçon, de blouson noir qui autorise quelques plaisirs interdits. Etre motard offre une certaine contenance et une forme de reconnaissance sociale. Ma visière fumée affole parfois la passante pour ma plus grande joie... Etre motard, c’est se penser différent, ce qui est avéré si l’on tient compte de la spécificité de la pratique due aux caractéristiques de l’engin et à l’exposition aux risques. Rouler autrement autoriserait certains écarts. Faire de la route un circuit pourrait en être un.

D’autre part, le TT est un terrain de jeu idéal pour les amateurs de sensations fortes. Pour les spectateurs, le passage d’une machine lancée à pleine puissance, ceci à quelques mètres de soi, doit être une expérience extraordinaire. Le souffle, le son et la tâche colorée qui disparaît aussi rapidement qu’elle est apparue ne peuvent laisser indifférent.
Pour les pilotes, un plaisir intense est ressenti dans la recherche de la performance qui exige de repousser sans cesse ses limites. Epreuve après épreuve, ces sportifs s’inscrivent ainsi des cercles d’initiés de plus en plus restreints. Ils deviennent ainsi remarquables et peuvent en retirer fierté personnelle mais aussi reconnaissance de leurs pairs et des autres.

Le TT leur offre un défi de taille : parcourir plusieurs fois 63 kilomètres inadaptés à la grande vitesse. Cela représente une quinzaine de minutes d’hyper-concentration pour les meilleurs. Il s’agit d’être le plus rapide tout en gérant son effort. D’après les spécialistes de la discipline, l’apprentissage du parcours demande plusieurs années. Le tracé exige de garder une marge de sécurité dans certains secteurs d’après le champion John McGuinness. Pour « donner le ton » (c’est-à-dire rouler à une moyenne de 100 miles/h), il faut trouver le bon rythme du Mountain Circuit.

L’absence d’alternative peut stimuler certains individus. Le droit à l’erreur n’existe pas sur le Tourist Trophy. L’épreuve exige une maîtrise parfaite de soi et du binôme que forment pilote et machine. Le but ultime est la perfection. Ici, le motard qui se relève d’une chute est un sacré chanceux. Cette année, cela a été le cas de l’icône anglaise, Guy Martin. Voici comment son accident a été rapporté sur le blog du magazine Moto Journal : « Le leadership de la course revenait à un Guy Martin survolté qui allait toutefois se pulvériser du côté de Ballagarey. A l’annonce de cet incident, on ne donnait pas cher de la peau de Guy Martin dans ces enfilades ultra rapides (il s’est crashé dans un droite à plus 190 km/h, sa moto a pris feu) et pourtant il s’en tire avec quelques fractures mineures et des contusions aux poumons. ». Voyeurisme de connivence.
Nulle part ailleurs, un pilote moto ne peut éprouver sa vie comme au TT mais est-ce l’objectif de la pratique sportive motocycliste ?

En ce qui me concerne, j’ai un faible pour les activités collectives qui laissent le loisir de progresser. Les arsouilles des courses de ce week-end sur le tracé de Silverstone me confortent dans cette idée. Le Montluçonnais Jules Cluzel aurait-il pu remporter la course anglaise de Moto2 s’il avait chuté au Mans comme on se crashe du côté de Douglas ? J’estime que l’on va plus loin lorsqu’on se laisse le droit à l’erreur.

Je vais chercher l’Equipe.

Guido du Bourdon nippon

Extract :

Last week, the races of the Tourist Trophy took place in the Isle of Man. While Hutchinson was acclaimed, Guy Martin, Karsten Schmidt and Conor Cummins were at the hospital. Paul Dobbs, who died while racing in the second Supersport TT was buried today. Since 1977, the TT has not counted for the world championship but it continues to arouse enthusiasm.

Nostalgy, bad boy behaviour and perfection researh may explain the success of the Mountian circuit. But this kind of challenge does not tolerate mistakes. Only the TT can offer the pilots this way to risk their own life but is it the aim of motorcycling ?

I prefer collective activities which allow me to do wrong in order to improve myself. I think that we can go further when we have the opportunity to make mistakes.



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