Manaus-Porto Velho, du 8 au 13 janvier

vendredi 18 janvier 2013
par  Maxime BARAT
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Voilà deux jours que je suis à Manaus, la métropole de la jungle. Je suis au cœur de la forêt amazonienne. Au 19ème siècle cette ville n’était qu’un petit village qui s’est ensuite développé grâce à l’industrie du caoutchouc avec l’essor de l’automobile. Aujourd’hui, Manaus est surtout une zone franche mais on y trouve encore des vestiges de cette période faste. Comme le fameux théâtre Amazonas construit avec des briques apportées d’Europe, du verre français et du marbre italien qui ont traversé l’Atlantique puis remonter l’Amazone au 19ème siècle sur les bateaux de l’époque. De la folie !

 

Mais il est temps de reprendre la route pour Porto Velho, la BR319 plus exactement. C’est l’unique lien terrestre entre Manaus et le reste du Brésil et pourtant cette route est dans un sale état. Il n’y a d’ailleurs pas de bus entre Porto Velho et Manaus, seulement le bateau, je ne le sais pas encore mais je m’embarque dans une sacrée galère. Jusqu’à Careiro tout va bien, je prends une barge pour traverser le rio negro et je me retrouve sur une bonne route jusquà Careiro à environ 150km où je fais étape dans une station service.

Le lendemain je fais le plein, 30l d’essence qui me permettent une autonomie de 600km environ. J’ai à peu près 550km à parcourir avant de rejoindre Humaita mais apparemment on peut trouver de l’essence dans 450km.

Pour cette première journée, l’asphalte n’a pas tardé à disparaître pour laisser place à un bourbier géant.

 

Je passe le premier, le deuxième, le troisième je couche la moto. En fait c’est la galère, je cuis sous mon équipement, je pousse et tire la moto comme je peux pour la faire avancer mais c’est vraiment dur. En 2h j’ai du parcourir 15km. Puis en voulant éviter une ornière trop profonde je m’embourbe, la moto est scotchée, ventousée tout ce que vous voulez mais elle ne bouge pas. Là j’abandonne, il est 13h j’ai fait 80km dont 50 d’asphalte. Ma vitesse n’est que de 10km/h et il me reste 480 km à parcourir.

Heureusement 10min plus tard, un pick up arrive, le conducteur amusé comprend que j’ai besoin d’aide et arrive en marche arrière, son frère sort une sangle et attachela moto au 4X4. En deux temps trois mouvements je suis libéré. Le reste sera moins boueux mais tout aussi difficile car la pluie a rendu la route très glissante, sans compter les nombreuses déviations, pour éviter les ponts en bois effondrés, pleines d’ornières profondes. Vers 16h, je m’arrête discuter avec un gars assis sur un pont. J’en profite pour lui demander à combien de km est le village le plus proche. J’ai déjà parcouru 150km et je suis mort. J’en profite pour sortir mon porte feuille et regarder combien il me reste. Que dalle ! Quel boulet, je suis au milieu de la forêt à cours de liquidité et il me reste au moins deux jours de route avant de trouver une banque. Un peu paniqué je lui explique mon souci. Il me propose de dormir avec ses collègues. Ils bossent pour une compagnie d’électricité qui rénove la ligne et ils sont une quinzaine à dormir un peu plus loin. Je passe donc la soirée avec eux, je suis trop content. Tout le monde est au petit soin, l’un deux connait quelques formules de politesse en français et c’est parti pour des fou rire à n’en plus finir.

Franchement une super équipe. Car sur cette route pas question de camper n’importe où, il y a pas mal de jaguars et boa qui se promènent.

Le lendemain, j’arrive au fameux village après quelques km. Seulement je dois prendre une barge pour passer la rivière. Le bateau arrive, je monte dessus et au moment de partir explique que je n’ai que 4reals. C’est ici où tout se joue. Soit il me fait passer pour 4 reals au lieu de 10 soit je suis bon pour aller retirer à un jour de route. Mais ça passe.

De l’autre côté je rencontre deux brésiliens à moto Eduardo et José, ils ont 38 et 56 ans, ils vont eux aussi à Humaitá. Je leur demande si je peux faire la route avec eux. Ca sera plus sympa, plus sûr, puis au cas où, ils pourront m’avancer un peu, je les rembourserai à Humaitá. Je me suis aussi rendu compte d’un autre problème. C’est que je n’aurai jamais assez d’essence pour aller jusqu’à Humaitá, la route d’hier a été tellement difficile que ma conso a été bien plus élevée que prévue. Je me retrouve donc sans argent, et avec trop peu d’essence. Mais quel bol de rencontrer deux types en bécane qui vont au même endroit que moi. N’empêche ça doit être marrant de nous voir rouler tous les 3. Eux avec leur petite 125 qui font très couleur locale et moi avec ma grosse moto de touriste. De toutes manières il pleut tellement que l’on roule à peu près à la même vitesse, souvent les pieds par terre pour récupérer les nombreuses embardées. Parfois on a du bol un peu de goudron fait son apparition, mais il n’y a quand même rien de pire qu’une route en ruine pleine d’immenses trous et changeant sans cesse de revêtement.

Ce qui est impressionnant c’est à quel point la forêt a repris le dessus et mange littéralement ce qu’il reste de route au point de ne laisser souvent la place que pour un véhicule. Nous sommes au cœur de la forêt sur une route qui donne l’impression d’avoir survécu à plusieurs fin du monde.

L’équipe continue son chemin entre 15 et 25 km/h, tombe, se relève. Tous les 30 km nous nous arrêtons retendre les chaines des deux petites motos.

Bref c’est très couleur locale. Il est 19h, on roule depuis 10h et on cherche désespérément un campement, heureusement, des gens sur la route nous disent qu’il un y a un vieux relais de téléphone où on trouvera de la place pour s’abriter. Au bout d’une heure on trouve le fameux portail cadenassé. Heureusement, la clôture en barbelé a déjà été coupée pour pouvoir passer. Je sors alors ma pince leatherman (merci du cadeau François, tu vois je ne l’ai pas emmené pour rien ;) et coupe un peu plus pour pouvoir faire rentrer les motos. Ici on sera à l’abri des jaguars. C’est énorme comme ambiance, j’ai l’impression d’être dans le film Jurassik Park sauf que c’est moi dans l’enclos, avec ces hauts barbelés et ce relais téléphonique dans lequel on ne peut pas rentrer mais qui fait un bruit de tous les diables. Heureusement on peut s’abriter sous une avancée. On est au sec pour la nuit.

Enfin la dernière journée ! On commence à être vraiment fatigué, mais c’est aussi ça l’aventure, dépasser ses limites. On repart, il pleut des cordes. L’humidité est telle que mon appareil photo est inutilisable pour la journée, l’objectif est plein de buée. De toute manière le décor ne change pas, on traverse la jungle sous une pluie battante. Chacun roule à son rythme, mais je tombe assez souvent, enfonce finalement mes deux valises et casse le support. Bref je perds du temps et mes compagnons de route. Il est 13h, mais je ne m’arrête pas pour manger, je dois absolument les rattraper, sans eux rappelez vous que je n’ai plus d’argent et pas assez d’essence pour aller jusqu’à Humaita. Heureusement ce matin, José m’a donné 2l d’essence afin d’arriver sans soucis jusqu’au village 120km avant Humaitá. On devrait donc se retrouver là pour se ravitailler. Mais cette route redevient un bourbier interminable et je galère avec ma grosse moto. J’ai voulu faire cette route alors je tiendrai jusqu’au bout même si les conditions sont exécrables. Plus que 15km avant le village mais… c’est la panne sèche. La situation empire : sans argent, sans essence, et sans mes collèues que je n’ai plus vu depuis près de 3h. J’ai à boire et à manger, je ne suis pas loin du prochain village alors je ne panique pas et j’attends 10, 15, 25, 40 minutes. Un vieux en vélo s’arrête, je lui explique mon problème, mais il doit livrer son grain alors il repart. 5 min après arrive un mec en moto, je lui explique mon problème, il revient 10 min après avec une bouteille de coca remplie d’1l d’essence. Je suis sauvé, juste assez pour me rendre au village. Je ne sais pas comment le remercier, quel bol, les gens sont trop cools dans ces régions reculées. Je fais 1km, je retrouve mon vieux en vélo qui m’arrête et me tend une bouteille de coca avec 2l d’essence. Je n’ai pas de mot pour exprimer ce que je ressens à ce moment là, ces gens sont juste venus m’aider avec le sourire sans rien attendre en retour. Au début je n’osais pas accepter son essence mais lui n’a qu’un vélo et m’a fait comprendre qu’il n’en avait pas besoin. Je fais encore 5 km et Eduardo, l’un des motards avec qui je roulais jusqu’à présent est venu m’apporter 4l d’essence. Trop cool, on arrive au village ensemble. A 18h la pluie se calme alors on repart dans les ornières de boue. Plus que 120km, c’est dur mais on a tous le sourire. A environ 60 km, l’asphalte refait son apparition. On s’arrête, Eduardo retire un maillon de la chaine de José qui s’est pas mal allongée dans la boue. José repart le premier puis Eduardo et moi. Il fait nuit noire, José est déjà loin, Eduardo et moi sommes partis après. Ce dernier pile devant un énorme trou au beau milieu de la route, je l’évite moi aussi de justesse. Mais 20m après on retrouve José étalé, inerte à côté de la moto. Il a de nombreuses plaies, le casque mal ou pas attaché a volé et une partie du sang provient de son crâne. Au bout de quelques minutes, il se relève. Je ne comprends pas le portugais mais me rend compte qu’il a perdu la mémoire, il ne s’est pas d’où on vient ni où on va, ne se souvient pas de l’accident. On est sous le choc. On lui demande comment il s’appelle. José ! C’est bon il a fait l’impasse sur l’accident mais se souvient du reste. Au bout d’une heure on reprend la route, je lui ai proposé de le prendre en passager mais il ne veut pas laisser sa moto là. Il nous reste quelques dizaines de km, la route disparait à nouveau laissant place à de grosses ornières. Je ne sais pas comment il tient, on mettra 2h de plus pour rejoindre Humaita où on arrivera à minuit. Là nous partagerons un hôtel avant de se séparer le lendemain. Je suis soulagé d’être à Humaita, j’ai pu retirer de l’argent, les rembourseret surtout dormir un bon coup ;) Eux prennent la transamazonienne sur 300km avant d’arriver chez eux moi je vais à Porto Velho puis en Bolivie. En tous cas cette étape du voyage restera gravée mes chances d’arriver étaient minces mais le voyage réserve souvent bien des surprises.




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